L'annonce par Nicolas Sarkozy du lancement prochain d'un grand emprunt national, soit disant pour financer les priorités de la France, ne surprend pas vraiment. il s'inscrit dans la droite ligne
de deux des trois groupes qui l'ont fait président et qui contrôlent sa politique:
à savoir les banquiers et Washington.. (Frédéric BOURDEL)
La frontière entre le réalisme et le cynisme n'est pas étanche. en prenant connaissance du sondage selon lequel 80% des français n'avaient pas l'intention de souscrire à l'emprunt
annoncé, certains, dans la sphère du pouvoir, se sont rassurés en soulignant qu'ils resteront toujours assez nombreux pour en assurer le succès financier. (Jean-Pierre HELVIG)
Comme les élites washingtoniennes et londoniennes l'ont faites pour leurs pays respectifs, Sarkozy lance la France dans une fuite en avant désespérée, choisissant de faire peser sur les
générations futures le coût de la crise actuelle, plutôt que d'y faire face par l'impôt (notamment sur les hauts revenus en faisant sauter le bouclier fiscal) et par un rééquilibrage de la
dépense publique.
Ce sont les catégories les plus aisées de la population qui souscrivent aux emprunts de ce type et il se trouve bien, parmi elles, quelques millions d'épargnants pour accourir alléchés par
l"avantage financier, comme ce fut le cas lors de précédentes souscriptions nationales. leur remboursement fut cependant fort coûteux, à la charge de tous les contribuables.
On s'achemine donc vers un double appauvrissement français : appauvrissement présent avec un déficit estimé à 10% du PIB pour 2009, et appauvrissement des générations futures via cet
emprunt dont on peut déjà parier qu'il servira à boucler les fins de mois de l'Etat. (comme toujours quand l'Etat n'a plus un sou en poche, n'en déplaise au ministre du budget).
Dans le contexte du moment, difficile de ne pas voir dans ces 80% de réfractaires à l'emprunt, autre chose que l'expression d'un manque de confiance envers la politique économique du
gouvernement, doublé du sentiment d'injustice dans la répartition des efforts pour conjurer la crise.
Bien entendu, la dégradation des services publics va s'accentuer. Le chômage va augmenter, et l'Etat va se trouver pris dans l'étau, coincé entre l'absence de moyens financiers et l'instabilité
sociale croissante. L'austérité sera bien au rendez-vous, comme les hausses d'impôts; car nos stratégies parisiennes ont toujours un train de retard sur la crise.
L'emprunt servira surtout à engraisser les établissements financiers qui vont s'en occuper. Il sera incapable d'aider le pays à faire face au "trou noir budgétaire" qui se profile fin 2009..!
L'étau va être particulièrement douloureux pour les classes moyennes et défavorisées.
A la différence de l'Allemagne ou des Pays-Bas, notre politique fiscale irresponsable, perpétuation du modèle ultra-libéral désormais effondré aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, qui
prétend que les très riches font la richesse d'un pays, va également entraîner la France dans une double crise techno-politique nationale et européenne.
Déjà, du président de la Cour des Comptes au gouverneur de la Banque de France, la haute administration française commence publiquement à s'inquiéter du risque d'un affaiblissement
durable de l'Etat. Demain c'est la lUnion Européenne, et la zone Euro en particulier qui va exprimer ses doutes croissants sur le cours de la politique française.
Ce moment-là impliquera de lourdes révisions d'alliances parmi ceux qui l'ont fait élire et qui lui permettent d'exercer son pouvoir.
Soit Nicolas Sarkozy choisit, à l'inverse de ce qu'avait fait Mitterand en 1983, et maintient un cap ultra-libéral et "occidental", soit il entreprend une remise en cause complète (bouclier
fiscal compris) de son début de quinquennat et choisit la voie européenne.
Dans le premier cas, la France prendrait le risque de la rupture de l'Euro: phénomène aux conséquences catastrophiques pour notre continent, et qui condamnerait la France à devenir une annexe
secondaire du camp occidental, en y inscrivant durablement le modèle socio-économique ultra-libéral. La France suivrait ainsi les Etats-Unis et le Royaume-Uni dans la direction d'une société
tiers-mondisée, faite d'une minorité de très riches, d'une vaste majorité de très pauvres et d'un classe moyenne efflanquée.
Dans le second cas, la France renforcerait l'UE et la Zone Euro, tout en donnant au continent européen les moyens de développer son propre modèle socio-économique, en rupture définitif avec le
modèle ultralibéral.
Que ceux qui pensent que le choix devrait être évident se détrompent. L'actuel président français a été placé au pouvoir. Il n'a pour l'instant démontré
aucune aptitude à se libérer de ses maîtres. Il est donc tout-à-fait capable de choisir la voie tragique pour notre pays, son avenir et celui de l'Europe.
Gardons en mémoire qu'il a été capable, lors du récent Congrès de Versailles, de se référer au programme du Conseil National de la Résistance (CNR) pour décrire sa vision d'avenir, alors même
qu'une partie des forces qui le soutiennent ont pour objectif avéré la destruction pure et simple de cet héritage.
(Parmi les héritages du CNR, on trouve l'engagement pour un modèle socio-économique équilibré faisant une grande place au social-création de la Sécu- l'indépendance de la presse par rapport aux
puissances d'argent et à l'Etat, le refus des monopoles contrôlés par des intérêts privés, le projet européen..etc.)
Toutes choses qui ne sont pas exactement au coeur des priorités du pouvoir actuel en France..!
Donc le pire est hélas possible..!