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8 février 2014 6 08 /02 /février /2014 05:29

La limite au profit

La réflexion écologiste conduit à soustraire au champ de l'exploitation capitaliste des territoires naturels. Devant la réduction des ressources de la planète, elle préserve les océans, la forêt, les animaux, la vie maturelle, et les conditions de la reproduction de la vie.

Cela conduit à poser des limites au champ du profit, mais cela ne modifie pas la dynamique de l'exploitation. L'écologie doit donc se doubler d'une réflexion économique où la limite recevra une définition plus large.

 

Une limite intrinsèque ne serait envisageable que si l'on imaginait un champ d'activité où puisse se déployer une autre économie. S'il n'existe qu'une seule économie de libre-échange, toute limite au profit, même relative, comme celle d'impôt progressif, devient un non-sens parce qu'elle freine ou condamne à l'arrêt les entreprises les plus performantes. Dans le système de libre-échange, il est impossible en effet de juguler la croissance qu'impose la concurrence sans défier la loi organique du système.

Par contre, s'il existe à côté de l'économie d'échange,une économie de réciprocité séparée par une interface, cette limite devient féconde car elle permet à l'entreprise qui l'atteint de poursuivre son investissement dans le champ de la réciprocité. Le profit des actionnaires n'augmente plus, mais la réussite de l'entreprise dans le domaine public, continue de justifier la confiance et par conséquent l'afflux des capitaux et la poursuite des investissements.

La finalite de l'investissement est modifiée, le bien public se substituant au bien privé. Autrement dit, l'entreprise capitaliste se convertit en entreprise sociale quoique toujours sous la responsabilité de son chef d'entreprise. Rien ne prouve que les chefs d'entreprise ne seraient pas plus heureux de servir que de se servir, et de devenir humain plutôt que des brutes. Nombre de professions libérales choisiraient cette option. On n'est pas chirurgien ou avocat pour défendre une classe de bourgeois ou de noble ou les intérêts d'une secte. Ou du moins les serments originaires de ces corporations l'interdisent.

 

La limite au profit permettrait de transformer l'investissement lucratif en investissement non-lucratif ; le pouvoir d'asservir en pouvoir de servir ; la propriété privée en propriété universelle; l'entreprise individuelle en entreprise responsable; la société anonyme en entreprise sociale; la concurrence en émulation; le profit en prestige social. Cette substitution de paradigme ne limiterait pas l'investissement, mais donnerait à la croissance une autre définition : la croissance du bien commun.

 

L'économie sociale

Imaaginons que l'économie sociale prenne en compte la notion de réciprocité. Aussitôt ses débats ne porteraient plus sur les intérêts des uns et des autres mais sur le champ d'application (la territorialité) des divers structures de réciprocité et leurs interfaces, et l'articulation de chacune d'elles sur les autres. Elle définirait la protection sociale comme réciprocité de partage ; elle en déduirait la gratuité des moyens indispensables pour la vie; la couverture médicale universelle, le revenu minimum inconditionnel ou l'allocation universelle; elle exigerait le partage des ressources et des biens produits par la nature; elle rendrait la propriété des moyens de production à la communauté, et la protègerait de toute tentative de privatisation.

Elle penserait le marché comme la relation généralisée de réciprocité entre producteurs-consommateurs, ce qui n'exclut pas l'échange ni l'accumulation du capital de redistribution ou d'investissement mais la spéculation. La nature éthique de la valeur créée par la structure de réciprocité envisagée serait la raison majeure de ses choix, et le débat politique à tous les niveaux de l' Etat trouverait un sens autre que celui du pouvoir de domination des uns sur les autres !

Source : Dominique Temple

http://millesime.over-blog.com

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