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7 février 2014 5 07 /02 /février /2014 12:07

Le partage

Si une société n'est pas capable d'offrir aux citoyens les conditions d'existence que lui offrait la nature, elle n'est pas digne d'être humaine.

Les biens que la nature assure à l'homme, les biens premiers, ne peuvent qu'être partagés.

 

Ces biens que l'on désigne sous forme emblématique l'air, l'eau, la terre et le feu sont les ressources nécessaires à la vie. Ils étaient jadis en quantité inépuisable. Le développement de la société modifie leur statut. Ils sont désormais en quantité limitée. Et ces biens premiers sont aujourd'hui réservés par le système capitaliste à une part de plus en plus restreinte des hommes y compris au sein des sociétés les plus riches. Il est donc impératif qu'ils soient retirés du champ de la propriété privée et du profit, et restitués à tous.

 

Le raisonnement qui vaut pour les biens premiers distribués par la nature à tous les êtres vivants vaut aussi pour les biens créés par le travail des hommes en société. Si une société n'est pas capable d'offrir à tous ses propres inventions, elle n'est pas digne d'être dite humaine. Les biens de la société, l'éducation, l'enseignement, l'information, la protection sociale..doivent être gratuits. On peut résumer ces droits par le droit à la réciprocité. Si la dignité de l'être humain résulte de la relation de réciprocité, le droit à la réciprocité est "inviolable et sacré"

 

Dans une société où l'accès aux biens est monétarisé, l'allocation universelle doit permettre à chacun de faire face à autrui en totale sécurité, et de n'accepter ses conditions qu'en toute liberté. L'allocation universelle a été proposée dès la Révolution française, mais fut repoussée à plus tard car la quasi totalité de la population disposait d'un accès à la terre qui se présentait comme une sécurité de fait. Ce temps est révolu. L'allocation universelle est donc devenue le support de la sécurité que la Révolution plaçait en tête des droits humains.

 

L'allocation universelle doit être sans condition, car elle est le préalable à ce que chacun puisse faire valoir ses dons en retour. Seul le do ut des (je donne pour que tu donnes) permet à ce que chacun d'investir librement ses compétences. Le pouvoir de donner à son tour est la raison du droit à la réciprocité positive, droit de participer aux relations de bienveillance qui fondent le sujet en tant qu'humain en chacun des membres de la société.

 

le droit à la réciprocité se heurte en fait au droit bourgeois. La bourgeoisie veille en effet à ce que le salarié ne soit pas en mesure de négocier les conditions de son travail. Elle imposa d'abord que toute la plus-value se convertisse en profit capitaliste. Après la crise de 1929 et la deuxième guerre mondiale, elle consentit au prolétariat un bénéfice, mais à la condition que la consommation de son bénéfice contribue à la croissance du capital. Néanmoins, le prolétariat a pu convertir une partie de ces bénéfices en prestation de réciprocité : les conventions collectives, le salaire minimum, la sécurité sociale, les allocations familiales, la retraite, la limite du temps de travail, les congés payés...

 

Ces acquis doivent être dits par la Constitution irréversibles. Mais ils ne le sont pas, et deviendront de plus en plus précaires tant que ne sera pas levé le verrou de la privatisation. La propriété doit être rendue à la société, se concevoir universelle et être garantie par l' Etat démocratique. De la même façon, le travail doit être restitué à son propriétaire et ne plus pouvoir être exproprié comme s'il pouvait être séparé de son auteur et de sa fonction sociale, c'est-à-dire de la réciprocité. Enfin, la démocratie directe, par la voie de l'internet doit être instituée partout où elle peut remplacer la démocratie indirecte.

 

La démocratie indirecte

Le système capitaliste subordonne à présent l'information, l'éducation, l'enseignement, la recherche scientifique, la critique et même l'art à la propriété privée. Qui maitrise l'information par la privatisation de la télévision et de la radio, du téléphone et du télégraphe...dispose du pouvoir. Karl Marx a su prophétiser que la technique affranchissait la société du travail pénible et libérerait les forces révolutionnaires mais il n'a tout de même pas imaginé que la technique échapperait des mains de l'homme, et qu'ainsi libérée,elle lui imposerait le principe de réciprocité ! Eh bien, la technique est devenue si complexe qu'elle échappe à l'irrationalité de l'intérêt particulier des individus. Et mieux encore, pour permettre à tous les humains de vivre ensemble, elle exige la relativisation de leurs forces entre elles.

 

L'information, matière première de la pensée, est à la disposition de tous instantanément et sans limites. Mais la pensée elle-même ? L'internet constitue une mémoire de tout ce qui est exprimé publiquement par l'homme, et propose une sélection de ce qui est apprécié par tous. Il est la mémoire et l'éveil de la conscience sociale. En réalité, la liberté de la pensée est définitive à moins de chaos universel. C'est par la participation libre et gratuite de tous à l'élaboration de la pensée, et par l'accès à la pensée de tous les autres, tout aussi libre et gratuit, que s'amorce une conscience universelle. L'internet construit une conscience universelle de l'humanité, qui se développe hors du contrôle des individus, et qui permet de choisir entre la réciprocité et l'échange, mais qui, elle, choisit le réciprocité ! Son accès n'est pas encore à la disposition de tout le monde, mais peu s'en faut.

 

L'information et l'altération du message pas les aléas et les circonstances rendaient difficiles la compréhension d'une situation en fonction de son contexte pour les communautés éloignées. Ces difficultés sont désormais éliminées parce que l'internet distribue l'information simultanément sur toute la surface du globe terrestre en temps réel sans souffrir la moinde altération. Enfin, toutes les communautés du monde peuvent s'apercevoir qu'elles sont structurées par l'entraide, la réciprocité simple ou collective, le partage, aussi bien pour le travail des champs que pour la construction de l' habitat ou l'aménagemnt de l'espace collectif.

 

La réciprocité de l'information, à la base de la formation des concepts n'est pas seule à être généralisée par l'internet. Chacun retrouve la liberté de constituer avec autrui la relation de travail par laquelle il acquiert une citoyenneté puisque du point de vue éthique son oeuvre peut être appréciée comme équivalente à celle de tous les autres citoyens du monde. Chacun peut également participer à des réseaux de réciprocité conformes aux labels de son choix et adhérer à la multitude pour décider de la destinée de la planète.

Source : Dominique Temple

http://millesime.over-blog.com

 

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