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12 juillet 2010 1 12 /07 /juillet /2010 12:44

Et démantèlement de l'UE  (par Jean-Claude PAYE)

 

Loin d'être l'action de la "main invisible du marché", la crise de l'euro est le fruit d'une stratégie mûrement préparée par Christina Rohmer et le Comité des conseillers économiques de la

Maison-Blanche.

Il s'agit de sauver l'économie US en contraignant les capitaux européens à se réfugier outre-atlantique, et en plaçant à terme l'économie des Etats de la zone euro sous contrôle US via le FMI et l'Union européenne.

 

Le crise de l'euro résulte d'un choix politique, celui des autorités de l'Union européenne de mettre en gage la monnaie commune, au lieu de restructurer la dette souveraine grecque.

 

Une telle restructuration aurait sauvegardé l'euro, mais aurait mis à contribution les banques, ces dernières perdant une partie de leurs créances dans l'opération.Les institutions financières françaises auraient environ 50 milliards de dette hellénique dans leurs bilans, tandis que 28 milliards seraient détenus par des banques allemandes.

(Ce sont les banques que l'on sauve pas la Grèce, Paul Seabright "le Monde" 17/05/2010).

 

La sauvegarde de quelques dizaines de milliards d'euros des institutions financières ne justifie pas une telle prise de risque. L'enjeu fondamental, en mettant la pression sur la monnaie commune, est de faire payer la crsie aux salariés et ainsi d'effectuer un gigantesque transfert de revenus des ménages vers les entreprises, principalement vers les institutions financières.

 

La taille du transfert est telle qu'il peut être piloté par les seules institutions européennes mais conduit par

les marchés et leur bras armé, l'administration étasunienne.

 

La crise de l'euro a été déclenchée par l'attaque concentrée des agences de notations US, Standard&Poor's, Moody's et Flich contre la dette de la Grèce, de l'Espagne et du Portugal.L'abaissement le la note est la conséquence d'une action concertée. Ces attaques ont été appuyées par l'appareil d'Etat US, notamment les déclarations alarmistes du conseiller économique de Barak Obama, Paul Volcker, ancien président de la FED, qui a parlé d'une future désintégration de la zone euro.

 

L'attaque contre l'euro apparaît comme un prétexte d'autant plus que depuis 2004, on savait que les autorités grecques "trichaient" et cela sans aucune réaction des agences de notations.

 

Cette action contre l'euro est d'abord une action destinée à ramener aux Etats-Unis les capitaux étrangers nécessaires à la couverture du déficit croissant de la balance financière des USA. C'est un signal d'avertissement à des pays comme la Chine qui avait commencé à rééquilibrer leurs réserves de devises en achetant de l'euro au détriment du dollar.

 

Pour les US il y a en effet urgence en la matière. Jusqu'en 2009, le financement de leurs déficits et la défense du dollar étaient assurés par un solde positif des flux financiers. Mais, si le mouvement des capitaux reste positif, il ne parvient plus à compenser les déficits. Le solde devient négatif d'un montant de 398 milliards de dollars. A un niveau économique, l'offensive contre l'euro est de la même veine que la lutte contre la fraude fiscale, initiée par le président Obama en 2009. Il s'agit de ramener les capitaux dans le giron des USA.

 

Cette action tactique se double d'une opération stratégique, celle d'un mouvement de démantèlement de l'Union européenne au profit d'une union économique couvrant les deux continents. Le projet de création d'un grand marché transatlantique en est la manifestation la plus visible.

 

C'est en fonction de ce deuxième objectif que l'on peut comprendre l'attitude de l'Allemagne qui, aussi bien au niveau de la lutte contre la fraude fiscale que celui de l'attaque contre l'euro, a fourni un appui à l'offensive étasunienne. Cette double attitude est cohérente avec l'engagement privilégié de cet Etat européen dans la mise en place d'une union économique transatlantique.

 

L'union européenne a été construite autour de l'Allemagne et structurée selon ses intérêts. Pays le plus performant au moment de l'installation de marché commun, il a pu faire jouer pleinement ses avantages économiques comparatifs, sans contrainte politique, L'Allemagne, par les déclarations de ses responsables politiques et de ses banquiers a contribué à l'offensive contre l'euro. Pour elle, les bénéfices de cette action sont immédiats. La baisse de la monnaie commune permet d'augmenter ses exportations hors zone euro.

 

Si à terme, l'Allemagne donne l'impression qu'elle scie la branche sur laquelle elle est assise, c'est qu'elle a décidé de changer de branche et veut s'intégrer dans un ensemble plus large : le grand marché transatlantique.

La construction européenne est à la croisée des chemins.

Jusqu'à présent, elle a permis un développement permanent de l'Allemagne. Ce processus ne peut plus continuer selon les mêmes modalités.

 

L'UE ne peut sortir de la crise sans mettre en place un gouvernement économique gérant une politique économique commune, une harmonisation du développement et , pour cela, assurer les transferts financiers conséquents vers les pays et régions défavorisées.

 

Cette gestion politique est en complète opposition avec le simple "Pacte de stabilité" promu par l'Allemagne. La politique budgétaire de diminution accélérée des déficits, réimposée au nom du pacte, va se faire au détriment du pouvoir d'achat des populations et ne peut se réaliser sans une récession économique. La zone euro ne peut plus être le débouché privilégié des exportations allemandes. L'Allemagne a fait son choix : celui du grand marché transatlantique et du marché mondial.

 

Au lieu de restructurer la dette des pays défaillants, l'Europe a mis sur pied deux fonds d'intervention. L'Eurogroupe, formé par les ministres des finances de la zone euro, a développé un mécanisme inédit de 750 milliards d'euros de prêts et de garanties, afin de venir en aide aux pays de la zone euro qui auraient des difficultés à emprunter sur les marchés financiers.

 

Le dispositif prévoit 60 milliards de prêts européens gagés sur le budget de l'Union européenne, 440 milliards de garanties apportées par les pays membres de la zone euro, ainsi que 250 milliards de prêt du FMI , soit au total 750 milliards. Ce dispositif de secours est prévu pour une durée de trois années.

 

Alors qu'il n'y avait aucune impossibilité à assumer l'entièreté du fonds, l'Eurogroupe choisit de se lier les mains avec le FMI, dans lequel les USA ont la majorité des droits de vote. Ce dispositif de servitude volontaire reproduit, en l'amplifiant, le schéma déjà construit pour venir en aide à la Grèce. Ce dernier programme est d'un montant de 110 milliards d'euros, dont 30 en provenance du FMI.

 

Que signifie la volonté du Conseil européen d'arrimer au FMI la procédure mise en place pour venir en aide aux pays de la zone euro?

Si on regarde les recettes appliquées par cette institution internationale aux pays auxquels il a accordé des prêts, le mode opératoire est immuable : imposer une baisse du salaire direct et indirect, la privatisation des services publics et la suppression des politiques sociales.

La politique du FMI a toujours conduit à un appauvrissement important des populations.

( a tel point que l'Argentine a "viré" le FMI ..!).

 

Ainsi, mise sous tutelle du FMI et création de fonds d'aide aux banques sont deux aspects complémentaires d'une même politique. Il s'agit de procéder à une redistribution des revenus en faveur des entreprises financières.

 

Une telle opération contre les revenus des populations nécessite de neutraliser tout processus de décision au niveau des Etats nationaux, une structure dans laquelle les citoyens gardent quelques moyens de défense et cela au profit des mécanismes de marché, placés complètement hors de portée de toute pression politique. La question est de savoir quel rôle vont jouer les institutions européennes dans ce processus de mise sous dépendance des marchés financiers ?

 

Une première réponse se trouve dans l'accord selon lequel les budgets des Etats de la zone euro seront mis sous tutelle d'un organisme de la Commission, de la banque centrale européenne et de l'Eurogroupe.

 

Le modèle allemand, faire inscrire, dans la Constitution, le principe de l'équilibre budgétaire, soutenu également par la France, est appelé à se généraliser. Cela supprimerait toute possibilité d'initiative budgétaire. Les Etats membres seraient, vis-à-vis de l'Union européenne comme les Etats fédérés US, vis-à-vis de leur Etat fédéral.

Cependant, il ne faut pas se tromper, il ne s'agit pas là d'un renforcement de la construction européenne, mais au contraire, de la dissolution de toute possibilité d'initiative politique afin de conforter la toute puissance des marchés!

 

La construction européenne a été imposée par les Etats-Unis qui après guerre, en ont fait une condition d'octroi des aides du Plan Marshall. Elle a été réalisée autour de l'Allemagne dont les intérêts immédiats étaient complémentaires de  ceux des USA. L'attaque contre l'euro et l'opération de démantèlement de l'Union européenne résultent aussi d'une offensive lancée par les USA et est également relayée par la première économie de l'ancien continent, ainsi que les institutions de l'UE.

 

La commission et le Conseil confirment ainsi leur participation à la décomposition de l'Union et à son intégration dans une nouvelle structure politique transatlantique sous direction US. Un rôle déjà joué à travers les négociations des accords sur le transfert des données personnelles des citoyens européens vers les USA.

(Un nouvel abandon de la souveraineté européenne).

 

La mise sous tutelle du FMI de la gouvernance économique européenne représente une étape supplémentaire dans la dissolution de toute la capacité d'initiative des pays membres de l'UE et une phase de transition pour leur intégration dans un ensemble transatlantique.

 

L'euro sera maintenu comme une simple coquille vide. La suppression de la monnaie commune ne peut convenir, ni à l'Allemagne, dont le retour à un mark valorisé comme monnaie refuge serait suicidaire pour son économie, ni aux Etats-Unis qui n'ont aucun intérêt à étendre la souveraineté de leur monnaie et l'usage des privilèges qui y sont attachés.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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