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11 juillet 2011 1 11 /07 /juillet /2011 20:37

Quatre mois après le début de l'intervention franco-américano-britannique on constate :

- que le peuple libyen n'était pas tant que cela en révolte puisque les rebelles se sont avérés incapables de s'étendre au-delà de Benghazi sans un soutien massif franco-anglo-américain

- que les dits rebelles ressemblaient plus à des révolutionnaires d'opérette qu'à des combattants farouches.

- que les services secrets américain, britannique et français étaient à la manoeuvre en Libye avant même le "déclenchement" officiel de la rébellion

- que les soutiens à l'attaque de Washington/Paris/Londres de la part des pays arabes ou africains étaient soit quasi-inexistants, soit franchement incertains

- qu'une partie importante de "l'Occident" (Allemagne, Pologne...) continuait à s'opposer à cette intervention militaire

- que, en quelques jours, les promesses de victoire étaient en train de s'enliser dans un conflit durable

- que Sarkozy, Cameron et Obama n'avaient pas prévu de plan B si leur "blitzkrig" des airs échouait

- que la situation était porteuse de risques géopolitiques majeurs pour l' Europe et pour le monde arabe.

 

( les diverses agences américaine, britannique et française à l'oeuvre en Libye ont tout simplement incité divers groupes libyens peu ou pas organisés à déclencher la rébellion en promettant soutien et victoire aisée et rapide. Face à la résistance plus forte que prévue du régime libyen, ce "plan simple" s'est effondré et a exigé dans l'urgence une escalade interventionniste).

 

Le contexte de ce conflit s'avère donc très différent de ce qui est asséné depuis un bon mois par les dirigeants et médias français, britanniques et américains. Cela conduit à questionner la nature exacte des acteurs en présence et leurs interactions afin de pouvoir dégager les tendances à l'oeuvre au sein de cet épisode important de la dislocation géopolitique globale.

 

Tous les acteurs du conflit libyen appartiennent au "monde d'avant la crise"

 

Du côté de la Libye on trouve :

- un dictateur vieillissant traditionnellement anti-occidental

- un état policier

- des mercenaires africains

- du pétrole et une faible population (6,5 millions d'habitants)

- une société marquée par de fortes appartenances tribales

- une région orientale ( la Cyrénaïque) culturellement proche de l'Egypte et uine région occidentale (la Tripolitaine) très liée à la Tunisie.

- un peuple longtemps coupé de toute interaction avec le reste du monde du fait d'une autarcie cultivée par le régime

- des rebelles à la nature incertaine, rassemblant des militants islamiques, de simple citoyens et des agences de divers services occidentaux (américain, britannique et français pour l'essentiel) et probablement de pays arabes;

et pour conclure de rapide tableau, une population bénéficiant du plus haut niveau de vie d'Afrique d'après l'indice de développement humain des Nations-Unies de 2010 et de grands projets populaires d'aménagement du territoire libyen comme le "grand fleuve artificiel"


Du côté des trois pays qui ont mené l'attaque sur la Libye on trouve :

- Les Etats-Unis

Un empire qui lutte désespérément pour tenter d'éviter l'effondrement du "mur pétro-dollars" déclenché par les révolutions arabes, mais qui est enlisé dans les problèmes économiques, financiers et budgétaires inextricables et qui ne peut pas se permettre d'afficher ouvertement une troisième agression contre un pays musulman. Sa politique étrangère dans la région est conduite selon quatre axes traditionnels : maintenir le "mur pétro-dollars" grâce à la mise en place de régimes "amis", renforcer le camp occidental en générant des conflits entre l'Occident et le reste du monde, vendre des armes, créer des zones d'instabilité autour de l'Union européenne pour réduire les velléités européennes d'indépendance stratégique.

La crise du pays et les échecs politico-diplomatiques des aventures de G.W Bush ont fortement réduit l'influence de la pensée "néoconservatrice" qui revendique le rôle leader des Etats-Unis dans les interventions militaires occidentales.

 

- Le Royaume Uni

le fidèle second du précédent fait face lui aussi à une crise financière, budgétaire et économique historique qui l'a récemment conduit à couper massivement ses dépenses publiques -dont le budget militaire- et lutte pour tenter de ne pas perdre son statut international. Ses objectifs traditionnels sont à peu près identiques à ceux des Etats-Unis, en y ajoutant l'intérêt jamais démenti à tout affaiblissement de cohésion de l'Europe continentale. il a été le concepteur de la politique de division et d'intervention répétée au sein du monde arabe depuis la fin du XIXe siècle, que les américains ont ensuite repris à leur compte.

 

- La France

récemment convertie aux vertues de l'américanisme, vision politique du monde légitimant au nom de la démocratie toute action servant les intérêts des édiles occidentales, le pays fait face également aux conséquences de la crise mondiale tout en cherchant à nouveau à exprimer se spécificité historique au sein du carcan atlantiste dans lequel l'actuel président français a enfermé la diplomatie et la défense du pays.

Dans la logique de servilité devant les puissants qui est la marque de fabrique de Nicolas Sarkozy, se montrer le meilleur disciple semble être la voie choisie pour canaliser ce besoin de différence de l'ex "Grande Nation".

Le pays ne rechigne pas à utiliser ses forces armées pour servir ses intérêts ou ceux de ses acteurs économiques clés comme les groupes pétroliers ou de défense, très influents auprès de l'actuel gouvernement.

En revanche, la France cherche aussi depuis des décennies à renforcer la cohésion de l'Europe continentale, notamment franco-allemande, tout en revendiquant l'émergence d'une Europe de la Défense.

L'affaiblissement de l'influence américaine dans le bassin méditerranéen est aussi un objectif habituel français. Ces deux derniers aspects ont été abandonnés par l'actuel président français et s'avèrent en effet sacrifiés sur l'autel de l'intervention en Libye.

Parallèlement, il a engagé le pays dans plusieurs conflits qui commencent à poser des problèmes logistiques et budgétaires importants à la France.

 

Comme toujours quand il s'agit de géopolitique, au-delà des Etats-Nations, on trouve aussi des dirigeants dont les caractères et situations politiques influent directement sur les décisions en matière de conflits militaires. Barack Obama, David Caméron et Nicols Sarkozy ont en commun d'être tous les trois en grande difficulté politique et de diriger des pays qui voulaient tous faire des affaires avec Kadhafi il y a encore quelques semaines, en particulier la France et le Royaume-Uni.

 

 

à suivre

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