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23 juillet 2010 5 23 /07 /juillet /2010 11:02

article de Paul Jorion

 

Le parlement hongrois a voté hier jeudi 22 juillet une taxe sur les banques, les compagnies d'assurances et autres établissements financiers, s'élevant à 0,45 % de leurs bilans, leurs actifs et passifs étant additionnés.

La taxe représentera environ un tiers du bénéfice des banques, et la moitié de celui des compagnies d'assurances.

La mesure a été adoptée à une très large majorité : 301 voix pour, 12 contre et une abstention.

Il s'agit d'une taxe d'exception qui sera d'application pour trois ans. Elle devrait rapporter 700 millions d'euros.

 

Le premier ministre hongrois, Viktor Orban, dont le parti Fidesz dispose depuis le mois d'avril d'une majorité des deux tiers au parlement, a déclaré que cette taxe était logique du fait de la responsabilité des banques dans la crise; il a ajouté que les 200 milliards de forints permettraient que les avantages sociaux soient préservés.

La Hongrie s'efforce en ce moment de réaliser des économies de fonctionnement substantielles en fusionnant ses communautés locales; les effectifs de l'administration publique devraient également être réduits de 15 % pour réaliser une économie d'environ 419 millions d'euros. Ces mesures combinées permettraient de réduire le déficit à 3,8 % du PIB hongrois en 2010, et à 3 % en 2011.

 

Jusqu'ici cela parait raisonnable, (je ne dispose pas d'assez d'éléments pour me prononcer sur la réduction d'effectifs prévue dans l'administration publique hongroise).

Ce qui l'est beaucoup moins, c'est le fait que l'Union européenne et le FMI ont interrompu le 17 juillet les négociations que ces institutions tenaient depuis le 6 juillet avec le gouvernement hongrois à propos de son déficit en raison précisément du projet de taxe qui a été voté hier.

Les raisons avancées : ces mesures mettraient en danger la relance et affaibliraient les banques.

Résultat : le prochain versement du prêt de 20 milliards d'euros accordés par le FMI à la Hongrie en 2008 n'aura pas lieu.

 

La véritable raison et plus prosaïque : les banques étrangères présentes en Hongrie dont les principales sont les autrichiennes Erste et Raiffeisen, les italiennes UniCrédit et Banca Intesa, la belge KBC et l'allemande BayernLB, ont fait savoir à l'Union européenne et au FMI que ces taxes étaient trop élevées à leur goût, et ces deux institutions se sont tout bonnement faites leur porte-parole. Ces banques craignent essentiellement la contagion : elles ont peur que les autres pays d'Europe centrale et orientale ne considèrent l'initiative hongroise excellente et ne veulent pas la copier.

 

Le premier ministre hongrois avait annoncé dans la journée de jeudi que son pays se passerait de 5,7 milliards d'euros encore disponibles dans le cadre de l'accord que la Hongrie avait conclu avec le FMI en 2008 :

"Nous voulons que la Hongrie recouvre sa souveraineté économique"

avait-il déclaré.

 

Monsieur Bartosz Pawlowski stratège à la BNP Paribas à Londres a commenté à l'intention du Wall Street journal le vote de la taxe dans les termes suivants :

"cela constitue une atteinte majeure à la crédibilité de ce gouvernement"

il a ajouté que  "la prime de risque de la Hongrie a crû" , ce qui dans sa bouche est sans doute davantage une menace qu'une constatation puisque le taux ce change du forint vis-à-vis des autres devises s'est en fait raffermi dans la journée de jeudi.!

 

J'aimerais personnellement savoir ce que Mrs Dominique Strauss Kahn directeur général du FMI pense du fait que l'institution qu'il dirige se trouve dans le même camp que le remarquable stratège qu'est Mrs Bartosz Pawlowski.

 

(Un "article presslib' " est libre de reproduction en tout ou partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un "journaliste presslib' " qui vit exclusivement de ses droits d'auteur).

 

 

 

note:

Un pavé dans la mare de la part de la Hongrie à Wall Street et à Londres , qui ne semble pas d'accord avec le N.O.M (Nouvel Ordre Mondial) quant à la fin de l'Etat nation et qui risque donc de faire, à terme, comme l'Argentine ou Vénézuela qui n'ont pas hésité à "virer" le FMI...et faire tache d'huile..!

(exemple à suivre..!) 

 

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commentaires

D
<br /> <br /> Dans toutes ces histoires, on ne parle pas beaucoup de DSK... Où en est ce socialiste social-démocrate bon teint? Comment vit-il la stratégie qui lui est imposée par le N.O.M.? Il y a des<br /> fauteuils qu'il est difficile d'abandonner... quitte à renier son âme!<br /> <br /> <br /> <br />
R
<br /> <br /> il est en parfaite harmonie avec le N.O.M, toutefois je ne pense pas qu'il soit "choisi" par l'oligarchie financière à la présidence de la république, je verrais plutôt De Villepin...à suivre<br /> <br /> <br /> (car Sarko est en train d'être discédité)<br /> <br /> <br /> <br />
D
<br /> <br /> Quand on se rappelle que la Hongrie, alors Etat membre du Pacte de Varsovie, fut la première à proposer des montages juridiques et financiers à connotation fiscale bien avant la chute du rideau<br /> de fer, ce vote prend effectivement une valeur toute particulière!...<br /> <br /> <br /> <br />
R
<br /> <br /> Bonjour Daniel,<br /> <br /> <br /> et dire que le journal "Le Monde" vient de faire un article "fusillant" le premier ministre hongrois qui ne veut pas plus d'austérité pour son pays et a refusé donc le plan du FMI ...!<br /> <br /> <br /> <br />