NC: commenter l'actualité économique mondiale, et l'actualité politique tant en France qu'en Europe
Non, la France n'est pas en déclin, selon Jérôme Guillet (polytechnicien et banquier)
Il est bien difficile aujourd'hui de trouver, dans les médias, un commentaire ou manquent les mentions du déclin de l'économie française, de sa faible croissance, ou de la
persistance du chômage de masse. Ainsi les "réformes" sont-elles présentées comme une urgente nécessité.
Ce mot "réforme" est devenu le nom explicite pour un programme à sens unique : libéralisation du marché du travail considéré comme "trop rigide", (via
l'assouplissement du code du travail) , baisse des charges sur les entreprises, allégement du contrôle de l'Etat, et, naturellement baisses des impôts.
Des travailleurs plus flexibles et moins chers seraient plus facilement embauchés, ce qui améliorerait la compétitivité des entreprises et leurs profits, sur le modèle anglais ou
américain. Et, évidemment, les 35 heures, cette "aberration économique" doivent être éliminés afin de remettre la France au travail....(travailler plus pour gagner plus..!)
Le problème est que ce programme, qui sert bien les intérets des actionnaires et des dirigeants d'entreprise, se fonde sur une description partielle et partiale de la
réalité...!
Le déclin prend appui sur la croissance plus faible de la France et sur la baisse de son PIB par habitant, comparé à ceux de pays comme le Royaume-Unis et les Etats-Unis au cours des dernières
années. Or cette "description tronquée de la réalité"ne tient pas compte de la distribution des richesses et de "l'augmentation de l'inégalité dans ces économies censées servir de
modèle". En fait, toute la richesse créée dans ces pays a été captée par une tranche étroite de la population.
Les revenus médians sont stagnants, alors que les revenus des 0,1% les plus riches de la population montent en flèche, au point d'être passés de 2 à 7% des revenus totaux en
moins de vingt ans aux Etats-Unis, (selon les chiffres de Piketty et Saez). Ces 5% supplémentaires captés par les plus riches sont équivalents à l'appauvrissement relatif des
Français..(dont le PIB par tête est passé de 78% à 72% de celui des Américains sur la période en moyenne)... ce qui veut dire que la croissance économique a été identique en France pour
les 99,9% les moins riches de la population...
L'accroissement dess inégalités se constate aussi à l'autre bout de l'échelle des revenus, ou l'on note un taux de pauvreté infantile de 7% en France, de 16% au Rouyame Uni ( le
double de celui de 1979) et de 20% aux Etats-Unis...(sans oublier les 15% d'américains qui n'ont aucune couverture maladie).
Il est compréhensible de défendre la liberté d'entreprendre et de bénéficier du fruit de leur travail pour les membres les plus dynamiques de la société. Mais cette liberté accordée sans
contreparties s'accompagne inévitablement de fractures sociales bien plus marquées qu'en France.
Des études comme celles de la banque USB montrent qu'un français de revenu modeste ou membres des classes moyennes ou même aisées "profite plus de la
croissance modérée de l'économie française que son cousin américain profite du dynamisme de son pays...!"
Il semblerait donc que, sur le plan des revenus, les très riches forment le seul groupe qui bénéficie des "réformes"!
Et le marché du chômage dont souffre la France?
Tout dépend de ce que l'on mesure. Parmi les hommes de 25 à 54 ans, 87,6% avaient un emploi en 2004 en France et 87,3% aux Etats-Unis, selon les chiffres de l'OCDE. Et pourtant
, le taux de chômage pour cette catégorie était alors de 7,4% en France et de 4,4% aux Etats-Unis. La ligne séparant chômage d'inactivité n'est pas mise au même endroit dans chaque pays...
De même, le chômage des jeunes touche 8,4% des 15/24 ans en France, contre 5,5% au Danemark, 7,6% aux Etats-Unis et 7,5% au Royaume-Uni, donc pas de quoi crier à la faillite du modèle.
Nouvel argument : les français travaillent moins dit-on. Ce n'est pas vrai . Les travailleurs français effectuent 37,4 heures par semaine en moyenne, contre 35,6 heures au
Royaume-Uni. Les employés à temps plein travaillent moins longtemps en France (40,9 heures, contre 43,2 heures en 2005) mais le nombre élevé d'emplois à temps partiel baisse la
moyenne britanique; Le nombre d'heures totales travaillées dans les deux pays est à peu près équivalent, pour des populations similaires.
Dire que les français travailllent moins est tout simplemen faux. (voir article déjà publié le 25/05/07)
Par ailleurs, la France a créé autant d'emplois que le Royaume-Uni au cours des dix dernières années : 2,5 millions. La différence est que, au Royaume-Uni, la création de postes a été
très régulière, alors qu'en France, la quasi-totalité de ces emplois a été créée entre 1997et 2002, c'est-à-dire, au moment de la mise en place des 35 heures et alors que
la croissance mondiale a été plus forte durant les cinq dernières années..!
La France a créé plus d'emplois dans le secteur privé (+ 10% entre 1996 et 2002, selon l'OCDE) que le Royaume-Uni ( + 6%) ou les Etats-Unis ( + 5%)...en fait le Royaume-Uni n'a créé
aucun emploi net dans le secteur privé depuis près de cinq ans, mais a bénéficié de l'augmentation très forte des emplois dans le secteur public.
Cela reflète le fait que les croissances anglaise et américaine reposent très largement sur l'augmentation de la dépense publique, qui a explosé sous Blair et Bush, passant de 38% à
45% du PIB au Royaume-Uni et de 34% à 37% aux Etats-Unis entre 2000 et 2006. dans le cas britanique cette relance s'est faite grâce à l'augmentation des impôts et à la cagnotte du pétrole
de la mer du nord, et l'administration Bush a procédé (pour payer la guerre en Irak) à une augmentation sans précédent de la dette publique comme de la dette privée, la plupart des ménages se
voyant obligés d'emprunter pour compenser la stagnation de leurs revenus.
Mais dans ce cas-là, semble-t-il," il s'agit de dynamisme".
Il parait cependant légitime de se demander quelle partie du modèle anglo-saxon nous sommes conviés à copier....
IL est tentant de se demander si le feu roulant qui tend à déprécier l'économie française provient de ceux qui ne supportent pas l'existence d'un modèle social différent.
selon le Milliardaire Warren Buffet, "les riches aux Etats-Unis mènent - et gagnent - la lutte des classes. Il serait temps de noter qu'ils n'agissent pas dans l'intéret de tous, mais uniquement
dans le leur...!"